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mardi, 02 mai 2017 00:00

Gelées dans le vignoble: comme un déficit d’explication

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Ce matin, nos confrères de Sud-Ouest ont consacré un article à la visite de M. Despey dans le vignoble charentais, suite aux gelées de la semaine dernière, et ont relayé son appel aux viticulteurs. En substance: « Assurez-vous ». Sauf que cela a un coût, et que ce n’est pas la FNSEA qui le paie. Et que tout est question de risque.

A Pézenas, où j’étais encore jeudi dernier, de telles gelées n’avaient pas été constatées depuis 1991; et qui accepterait de payer pendant 26 ans des cotisations d’assurances pour rien?

Mais le plus choquant, pour moi, ce fut de lire les commentaires des lecteurs de Sud-Ouest. Ainsi , un « courageux anonyme » s’indigne que le Cognac, avec ses 2,7 milliards de chiffre d’affaires, ne puisse pas avoir les moyens de s’assurer. Peut-être faudrait-il expliquer à ce commentateur que le vigneron de base n’est pas celui qui empoche ces milliards.

Un autre intervenant, un nommé Magic, prétend que la vigne va repousser d’ici octobre. Peut-être faudrait-il lui expliquer que ce n’est pas avec des feuilles qu’on fait du vin, mais avec du raisin, et que la repousse est toujours très chiche en raisins, justement.

Un autre encore, Méchain, prétend que quand leurs récoltes sont bonnes, les viticulteurs n’aident pas les autres secteurs; et donc, j’en déduis qu’il pense que la collectivité ne devrait rien faire pour eux en cas de calamité. Peut-être faudrait-il lui expliquer que les viticulteurs, comme tous les producteurs, paient des impôts, des taxes, des cotisations plus ou moins volontaires, et que cela finit à peu près toujours dans les caisses de l’Etat. Alors, si cet Etat dégage quelques sous pour les indemniser, il ne les tire pas de son chapeau, mais de votre poche, de la mienne, et même… de celle des viticulteurs. C’est une forme de redistribution. Elle est du même ordre que celle qui consiste à faire payer par les actifs les indemnités de chômage.

A lire ces commentaires, on croirait que les viticulteurs sont des profiteurs, qu’ils vivent sur le dos du contribuable. Et ce n’est pas tout: quand on ne les accuse pas d’être des pollueurs, tous autant qu’ils sont, on les accuse d’être responsables de l’alcoolisation des masses, selon le principe (très discutable) du « c’est de la faute de celui qui produit » , en oubliant au passage la responsabilité de celui qui boit. Et de celui qui taxe, puisque jusqu’à présent, le vin est un produit en vente libre.

Je pense qu’il serait temps, pour ceux qui sont censés représenter les viticulteurs et les vignerons, d’expliquer au grand public la vraie réalité de la condition de viticulteur ou de vigneron. Les disparités, aussi, entre les différentes strates de la viticulture. Entre ceux qui réclament et ceux qui n’ont jamais la parole. Entre ceux qui crient et ceux qui crèvent.

Relayer des revendications auprès de l’Etat, c’est une chose – importante, sans doute. Mais pas aussi importante, à mon avis, que de réduire la fracture qui semble se faire jour entre le Français moyen, qui n’est ni forcément un rural, ni forcément un buveur de vin, et le monde viticole.

 

Michel Smith

Michel Smith anime avec des confrères un site www.Les5duVin.com depuis près de deux ans. Journaliste depuis 1966, (Paris Match au début, puis la Revue du Vin de France, Cosmopolitan, Cuisine & Vins de France, Le Chasseur Français, Saveurs, etc), il dit de cette fonction : "j’ai presque tout fait dans ce métier avant de me spécialiser dans le Vin, la Gastronomie et le Tourisme en 1980 et de m’installer à Perpignan en 1988. J’aime tous les vins, ceux du Languedoc et du Roussillon en particulier, ceux de la Loire et de la Champagne, comme les vins d’Italie, ceux de Jerez ou de Catalogne." Il est un peu vigneron car, après avoir possédé des vignes à Banyuls, il est propriétaire avec des amis d’un hectare de Carignan, dans les Aspres, en Côtes Catalanes. Le Carignan est son dernier dada, et il prépare un ouvrage sur le sujet après avoir publié plusieurs livres dont trois sur le vin : “Paris en Bouteille” (chez Flammarion), “Corbières” (chez Jacques Legrand, Grand Bernard du Vin) et “Les Grands Crus du Languedoc et du Roussillon” (chez Georges Renault).

Site internet : www.les5duvin.com

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